Lonesome Reborn — Année 1905
Le retour à l’équilibre
I — PROLOGUE
Pendant des années, les terres de Lonesome ont lentement sombré dans la décadence. Ce qui autrefois ressemblait à une nation fragile mais vivante n’était devenu qu’un empire personnel dirigé par un gouverneur ivre de pouvoir. Derrière les discours d’ordre et de prospérité, l’homme avait tissé un réseau d’intérêts privés, achetant les lois, brisant les opposants et transformant chaque institution en outil à son service. La justice n’était plus rendue dans les tribunaux, mais dans les salons fermés, les arrière-salles et les canons des revolvers. Les shérifs servaient les riches plutôt que le peuple. Les commerçants payaient pour survivre. Les pauvres mouraient dans l’oubli. La criminalité explosa dans toutes les régions : braquages, trafics, assassinats et disparitions devinrent le quotidien des habitants. La loi n’était plus une valeur commune… seulement un privilège réservé à ceux capables de l’acheter.
II — LES VEILLEURS DU FIL
Mais dans l’ombre des ruelles, des forêts et des montagnes enneigées, une autre force agissait depuis longtemps. Les Veilleurs du Fil. Organisation invisible, ancienne et redoutée, les Veilleurs avaient d’abord tenté de rétablir l’équilibre par des moyens discrets :
corruption,
chantage,
sabotages,
manipulations politiques,
enlèvements,
assassinats ciblés.
Chaque action était pensée pour ralentir l’effondrement du territoire. Mais malgré leurs efforts, le mal était déjà trop profondément enraciné. Alors, sous l’œil du Grand Conseil, une décision fut prise. Le Vox Exitii fut voté. Une sentence absolue. Une autorisation exceptionnelle donnée aux Veilleurs : intervenir ouvertement pour rééquilibrer les terres de Lonesome, peu importe le prix à payer. Et le gouverneur devait devenir le premier exemple.
III — LA CHUTE DU GOUVERNEUR
Le gouverneur fut retrouvé dans son palais, au petit matin. Les portes étaient encore verrouillées de l’intérieur. Les gardes n’avaient rien vu. Rien entendu. Les couloirs étaient silencieux, baignés par l’odeur métallique du sang et de la poudre froide. Son corps gisait dans la grande salle, effondré au pied de son propre bureau. Mais quelque chose manquait. Sa tête ne fut jamais retrouvée. Certains racontent qu’elle fut emportée par les Veilleurs du Fil comme preuve de l’accomplissement du Vox Exitii. D’autres prétendent qu’elle fut exposée quelque part, cachée dans les montagnes enneigées comme avertissement pour ceux qui voudraient un jour suivre le même chemin. Aucune revendication ne fut faite. Aucun coupable ne fut désigné. Seulement un symbole du Fil, tracé avec du sang sur les murs du palais. Et le silence.
IV — LE GRAND EXODE
Mais le Fil savait qu’abattre un seul homme ne suffirait pas. Les terres de Lonesome étaient devenues gangrenées par la corruption, l’ambition et la violence. Le peuple lui-même avait participé à cet équilibre brisé, volontairement ou non. Alors les Veilleurs décidèrent d’employer une méthode plus radicale. Des ordres fanatiques, dévoués au Fil et lourdement armés, furent déployés sur tout le territoire. Leur mission n’était pas de gouverner. Leur mission était de faire fuir. Les villages brûlèrent. Les routes furent coupées. Des pendaisons apparurent aux entrées des villes. Des symboles du Fil furent gravés sur les portes des maisons abandonnées. La peur s’installa partout. Jour après jour, les habitants quittèrent leurs terres.
Ils abandonnèrent :
leur argent,
leurs commerces,
leurs maisons,
leurs souvenir,
et parfois même leurs proches...
V — LES SEMAINES GRISES
Les semaines qui suivirent la chute du gouverneur furent les plus sombres que les terres de Lonesome aient jamais connues.Le ciel semblait lui-même avoir abandonné ces régions maudites. Une neige épaisse recouvrait les routes, les récoltes mouraient dans les champs gelés et les villes sombraient peu à peu dans le silence. Les ordres fanatiques du Fil parcouraient encore les terres, semant la peur derrière eux. Des familles entières disparaissaient durant la nuit. Les villages se vidaient. Les survivants se méfiaient les uns des autres autant qu’ils craignaient les hommes armés. Les plus faibles mouraient de faim ou de froid. Les plus désespérés tuaient pour une couverture, un cheval ou quelques morceaux de pain. Et pourtant… Malgré le chaos, certaines flammes refusaient de s’éteindre. On raconte que des inconnus partageaient encore leur nourriture au bord des routes. Que des médecins continuaient de soigner sans demander d’argent. Que certains ranchs ouvraient leurs portes aux voyageurs perdus, même en sachant qu’ils risquaient d’attirer la mort avec eux. Dans les montagnes enneigées, quelques lumières brillaient encore durant la nuit. Comme si, au milieu des ruines et de la peur…Lonesome refusait encore de mourir. Cette période deviendra connue sous le nom de :
“Les Semaines Grises”
VI — LES TERRES OUBLIÉES
Les survivants errèrent pendant des mois. Beaucoup moururent dans les montagnes, de froid ou de faim. D’autres furent attaqués par des pillards ou disparurent simplement dans les tempêtes enneigées. Leurs dernières économies furent dilapidées dans un monde devenu hostile à toute forme d’espoir. Quelques courageux — ou quelques fous — tentèrent malgré tout de revenir chercher ce qu’ils avaient perdu. Mais seuls leurs cris résonnèrent dans les montagnes glacées.
VII — LES NATIFS D’AMBARINO
Les natifs, eux, survécurent autrement. Ils se barricadèrent dans les forteresses naturelles de l’Ambarino, vivant cachés dans les hauteurs glacées, loin des guerres des hommes blancs. Mais même les montagnes ne pouvaient éternellement protéger de la faim et de la peur. C’est alors qu’un homme étrange apparut. Vêtu entièrement de gris. Le visage dissimulé. Portant autour du cou un symbole inconnu. Il apporta :
de l’eau,
de la nourriture,
des couvertures,
et des armes.
Puis il leur adressa ces mots : « Ces terres sur lesquelles vous évoluez ne sont plus vôtres depuis longtemps… Mais reprenez ce qui vous revient. Copiez les sociétés des blancs et jouez avec leurs règles plutôt que contre elles. Singez-les pour mieux les amadouer. Un bon équilibre se construit… il ne se prend pas. » Puis il disparut.
VIII — LE RETOUR
Pendant plusieurs semaines, plus aucune nouvelle ne vint des terres maudites de Lonesome. Le silence régna. Jusqu’au jour où une rumeur traversa les frontières. Une colombe portant une branche d’olivier avait été aperçue revenant des anciennes terres abandonnées. Un signe. Peut-être que la vie pouvait reprendre. Peut-être que les terres de Lonesome n’étaient pas totalement mortes. Peut-être qu’un nouvel équilibre pouvait enfin naître des cendres.
BIENVENUE SUR
LONESOME REBORN